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Avec l'aimable autorisation des Editions Syllepse nous publions ici en exclusivité des extraits du livre de Frédéric Marillier "EPR: l'impasse nucléaire". Des plus amples extraits seront publiés dans notre journal Les Enquêtes interdites N°95 (par abonnement). ©2008, . Les questions d'énergie et de changement climatique prennent une place prépondérante dans la société. Elles sont de manière évidente de cruciaux enjeux mondiaux pour les prochaines décennies. La France, ses industriels, son administration et ses dirigeants ne voient pourtant dans ces sujets qu'une justification supplémentaire, ou plutôt une excuse bienvenue, pour tenter de relancer le nucléaire, moribond depuis plus d'une décennie. Les parlementaires, le gouvernement et EDF ont ainsi décidé la construction d'un nouveau réacteur nucléaire dit de troisième génération: l'EPR (European Pressurized Reactor). Mais l'optimisme forcé des derniers mois pourrait vite faire la place à une cuisante déconvenue. Au fur et à mesure qu'on se plonge dans le dossier EPR, on se rend compte que ce projet est un véritable éléphant blanc. Sans aucune justification énergétique, erreur stratégique industrielle, et véritable obstacle aux alternatives nécessaires, l'EPR s'avère être un projet inutile et dangereux. Il est urgent de stopper cette aberration, avant qu'il ne soit trop tard. L'EPR, une technologie du passé Le 6 août 1945, Little Boy explose au-dessus de la ville japonaise d'Hiroshima, faisant 70.000 morts en quelques instants. Sur les 350.000 habitants présents ce jour-là, au total on estime que 200.000 ont péri. La première attaque nucléaire de l'histoire est suivie trois jours après par une seconde à Nagasaki. À la sortie de la seconde guerre mondiale, le monde plonge alors dans l'ère atomique. En France, le général de Gaulle, dans sa volonté de construire l'autonomie de la France face aux Amé-ricains, crée par ordonnance le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) le 18 octobre 1945. L'objectif du CEA est de développer les capacités nucléaires françaises dans le domaine militaire et civil. Commence alors le long développement de la force de frappe nucléaire française et son lot d'essais nucléaires dans le Sahara algérien et les atolls polynésiens de Mururoa et Fangataufa. Aujourd'hui, la France possède le troisième arsenal nucléaire avec près de trois cent cinquante têtes nucléaires prêtes à l'emploi. Côté nucléaire "civil", le CEA développe une filière de réacteur dite UNGG pour uranium naturel/graphite/gaz, l'uranium servant de combustible, le graphite de modérateur à la réaction, et le gaz de caloporteur, c'est-à-dire à transporter la chaleur créée. Sur ce modèle, EDF lance la construction de sa première centrale à Chinon en 1956. Mais c'est en mars 1974, alors que la première crise pétrolière de 1973 a laissé des traces, que se trouve le grand point de départ du gigantesque programme électronucléaire français. Pompidou mourant, le Premier ministre Pierre Mesmer et Valéry Giscard d'Estaing, alors ministre de l'économie et des finances, décident dans les salons du pouvoir parisien de lancer la France dans la construction d'un vaste parc nucléaire. EDF, qui s'est préparé à une rude négociation, met la barre très haut, avec un nombre de réacteur beaucoup plus important que nécessaire. Et l'entreprise nationale obtient gain de cause sur la quasi-totalité de ses demandes! Une autre bataille extrêmement importante s'est jouée en amont de cette décision: une bataille pour le choix de la technologie des cinquante-huit réacteurs qui seront construits dans le pays. À la fin des années 1960, le CEA défend sa technologie UNGG. Mais EDF soutient une autre technologie: les réacteurs à eau pressurisée (REP) développés à l'origine pour la propulsion des sous-marins militaires. Cette technologie plus compétitive est alors sous licence américaine de l'industriel Westinghouse. EDF a testé cette technologie dans le cadre de la Société d'énergie nucléaire franco-belge des Ardennes (société constituée avec un regroupement d'électriciens belges) à la centrale de Chooz, avec un réacteur lancé en 1962 et connecté au réseau électrique en 1967. Après une longue bataille d'influence entre EDF et le CEA, c'est finalement la compagnie d'électricité qui remporte la victoire et impose la technologie REP. C'est ainsi que le parc nucléaire français, qui fait aujourd'hui la fierté d'un grand nombre de nos dirigeants nationaux, est basé sur une technologie états-unienne. Depuis le premier REP d'EDF de Fessenheim en Alsace, connecté en 1977, cinquante-huit réacteurs de même type ont été construits et connectés au réseau électrique français. Ce vaste programme, inégalé dans le monde, s'est fait en plusieurs étapes. Et les réacteurs ont évolué au fil des années et au gré des modifications techniques apportées, constituant une série de différents paliers. L'histoire de l'EPR commence à la toute fin des années 1980. À cette période, les dernières commandes de réacteurs du programme nucléaire français, lancé en 1974, sont passées. Mais pour l'industrie il ne saurait y avoir de fin au vaste chantier nucléaire, il faut donc préparer le prochain réacteur. L'EPR (European Pressurized Reactor ou réacteur à eau pressurisée européen) est présenté par ses promoteurs comme compétitif, optimisé et sûr. Derrière ce discours de publicitaire, la réalité est beaucoup plus trouble. Dans le jargon nucléaire, l'EPR est un réacteur "évolutionnaire" par opposition à des concepts dits "révolutionnaires" qui marquent une rupture avec les technologies nucléaires actuelles. Il est aussi classé comme réacteur de génération 3, la filière uranium naturel/graphite/gaz du CEA constituant la génération 1 et les réacteurs actuels, la génération 2. Ce saut générationnel ne semble pourtant pas justifié puisqu'aucun saut technologique n'est proposé. L'EPR se contente d'améliorations dans le cadre d'une filière existante et qui équipe déjà la totalité du parc français, mais aussi 55% des réacteurs mondiaux. Il faut donc voir dans ce classement "génération 3" un slogan marketing digne des fabricants de lessive... •
L'EPR, une technologie du passé Des
plus amples extraits du livre "EPR: l'impasse
nucléaire" seront publiés dans notre
journal Les Enquêtes interdites
n°95.
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